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Et si les Poufsouffle nous racontaient Harry Potter ?

17 mai 2017

Notre lectrice Malva Ashdown s’est rendue à New-York et a assisté à la pièce parodique Puffs, or : seven increasingly eventful years at a certain school of magic and magic ; voici sa critique !

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Que fait-on quand on a la chance de passer une semaine à New-York, à quelques coins de rues seulement de Fifth Avenue, de Times Square, de Broadway et de toutes les grandes productions que sont les comédies musicales The Lion King, The Book of Mormon, Hamilton et tant d’autres ? On saisit l’occasion d’aller voir un spectacle pour vrais sorciers en Off-Broadway, bien sûr !

Puffs, or : seven increasingly eventful years at a certain school of magic and magic (Pouffys, ou : sept années plus mouvementées les unes que les autres dans une certaine école de magie bien connue) fait le plein de spectateurs depuis sa création en décembre 2015 et se retrouve nommée pour le prix de "Meilleure expérience théâtrale", remis par la Broadway Alliance Award, alors même qu’elle célébrait récemment sa 100e représentation. Étonnant pour un spectacle qui s’adresse avant tout et surtout aux grands fans de la série, mais pas si étonnant quand on constate la qualité de l’ensemble. Sous des airs de théâtre à petit budget, la production offre une version alternative et brillante d’une histoire mondialement connue et déjà maintes fois parodiée.

Dans la vie, certaines personnes semblent destinées à accomplir de grandes choses, voire à changer la face du monde. Puffs s’intéresse aux autres, à ceux qui vivent et meurent sans sortir de l’ombre des héros, à ceux qui ne se retrouvent ni chez les Braves, ni chez les Snakes. On est en 1991, un jeune sorcier orphelin élevé dans l’ignorance de sa véritable nature par une famille moldue reçoit une invitation à rejoindre une célèbre école de magie au Royaume-Uni. Son nom ? Wayne Hopkins ! Et il s’apprête à vivre les sept années les plus incroyables de sa vie. Malheureusement pour lui, à son arrivée à l’école, il est envoyé dans la maison considérée comme celle des faibles et des perdants, et les regards de tous sont plutôt tournés vers un certain Harry Potter…

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La passion et l’amour pour l’univers créé par JK Rowling, il y a 20 ans déjà, transparaît dans toute la production, de l’écriture à l’interprétation en passant par le soin apporté aux costumes et aux accessoires. Impossible de ne pas penser à la team Starkids et à son incroyable A Very Potter Musical en voyant Puffs. Les deux spectacles exploitent le filon parodique et réunissent le même type de public. Mais Puffs ne souffre pas du tout de la comparaison, au contraire. Alors que le spectacle des Starkids reprenait à sa manière l’histoire racontée par les livres, la production signée Matt Cox et mise en scène par Kristin McCarthy Parker nous entraîne dans l’envers du décor, du côté des personnages très secondaires ou carrément oubliés de l’histoire, les Puffs.

La production, très rythmée, séduit rapidement par son humour et sa galerie de personnages colorés (près d’une trentaine), dont plusieurs que le public reconnaît avec plaisir même s’ils ne sont jamais nommés : défilent les Rogue, McGonagall, Voldemort, Maugrey, Dumbledore, Chourave, fantômes et créatures. Ils se passent aisément de présentation, les comédiens les incarnant avec précision, beaucoup de malice et d’affection. Même Harry Potter fait quelques apparitions, toujours accompagné de sa serpillère rousse (clin d’œil amusant à la flamboyante chevelure de Ron Weasley), mais les véritables vedettes de Puffs sont cette fois les élèves de la maison mal aimée.

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D’abord présentés comme une belle équipe de bras cassés, naïfs, mais pleins de bonne volonté pour gagner… la troisième place (Third or nothing !), les Puffs évoluent au fil des aventures qui marquent leurs années à l’école, souvent le contrecoup des événements vécus ou provoqués par le fameux Gryffondor. La grande force du spectacle réside d’ailleurs dans sa capacité à évoquer par quelques éléments les événements que tout fan connaît pour les avoir lus et relus dans les livres, en nous les faisant revivre sous un nouveau jour. On pense souvent aux Serpentard, privés de la coupe des quatre maisons lors de la première année d’Harry Potter, mais qui s’attarde à l’état d’esprit des pauvres Poufsouffle, soudain relégués au dernier rang ? On revit avec les Puffs l’irruption du troll dans les donjons, l’attaque de Sirius contre la Grosse Dame, le bal des sorciers, les épreuves du tournoi des trois sorciers, la mort de leur champion, Cedric Diggory, et ainsi de suite jusqu’à la bataille de Poudlard.

L’auteur de Puffs, Matt Cox, ponctue sa pièce de nombreuses références et de clins d’œil, tantôt à la saga littéraire, tantôt aux films ou à tout ce qui touche la franchise et ses célébrités. Et il le fait avec une bonne connaissance des débats qui font rage chez les fans, et un excellent sens de l’à-propos, dosant avec justesse la caricature et l’émotion. La pièce souligne avec humour les incohérences de la série, des livres ou des films (Dumbledore change ainsi de tête en troisième année, rappelant le changement d’acteur dans les films) et questionne certains ressorts dramatiques de l’histoire (qui ne s’est jamais demandé ce qui se passait en surface, parmi le public, lors de la seconde tâche de la Coupe de feu, alors que les champions s’affrontaient sous l’eau ?). Néanmoins, loin d’être une simple collection de clichés et de références au Potterverse, la production, originellement créée en off off-Broadway, propose une relecture hilarante et intelligente des principaux sujets abordés par Rowling : l’importance des choix, l’amour d’une famille qu’on se crée autour de soi, le libre-arbitre, la quête d’identité, etc.

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Ainsi, malgré les très nombreuses références à l’univers, dont plusieurs ne peuvent être comprises que des grands fans, Puffs tient la route et ne sert pas seulement de prétexte aux blagues. On s’attache véritablement au groupe disparate d’élèves laissés pour compte, qui finissent par dépasser le stade de gentils perdants auxquels les romans semblent les confiner et par s’affranchir de leurs statuts éternels personnages d’arrière-plan. La fin n’en est que plus touchante. Il faut dire que dans le rôle principal, Zac Moon, dont le style de jeu rappelle par moments celui de James Corden (Craig Owens dans Doctor Who), attire immédiatement la sympathie du public, qui se reconnaît dans ce jeune issu du monde moldu, désireux d’être plus que simple figurant de sa propre histoire. À ses côtés, toute la distribution déploie une énergie contagieuse qui donne au spectacle des allures de terrain de jeu. Les acteurs se permettent par ailleurs un peu d’improvisation. Parmi les interprétations les plus réussies, mentionnons l’irrésistiblement sympathique Cédric incarné par James Foulney et le Harry Potter plutôt « planant » de Madeleine Bundy.

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Qu’il soit Serdaigle, Gryffondor, Serpentard ou Poufsouffle, tout fan de Harry Potter passant par New-York d’ici la fin des représentations (actuellement prévue pour le 30 juillet, mais qui sait, elles devaient initialement s’achever en janvier 2016…) devrait se faire plaisir et aller voir Puffs, car, pas de doute, notre fandom regorge de talents ! Par ailleurs, la troupe propose également deux autres spectacles, inspirés eux des Animaux fantastiques et de Harry Potter et l’enfant maudit, qui sont sans aucun doute aussi réussis !


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