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Harry Potter et les jeux vidéo fantômes : l’échec d’une franchise vidéoludique

12 février 2017

Entre ’Harry Potter à l’école des sorciers’ développé par EAGames sur PC, GameCube, Game Boy Color et Advance, PlayStation 1 et 2 et Xbox jusqu’au dernier jeu ’Animaux Fantastiques : mystères du monde magiques’ sorti uniquement sur tablettes et mobiles, le temps s’est écoulé. Et, si la saga a su gagner le cœur de fans de plus en plus nombreux, les jeux n’ont pas connu un succès similaire ou grandissant. Nous avons cherché à comprendre pourquoi !

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Cependant, pas question d’aborder ce problème uniquement sur base d’informations de seconde main ; avant de me lancer dans cet article, il m’a fallu me replonger dans le sujet. Alors après avoir terminé plusieurs fois presque tous les jeux Harry Potter ; sur PC, Game Boy ou consoles et avoir accumulé de nombreuses heures de jeu quand ils sont sortis, j’ai décidé d’en relancer deux.
J’ai ainsi redémarré mon ordinateur ancestral pour jouer à Harry Potter : coupe du monde de Quidditch ainsi que ma Wii pour revivre l’aventure de Harry Potter : Le Prince de sang-mêlé, deux jeux que je considère comme "clés" dans cette analyse.

Cette dernière se base tout d’abord sur un constat ; si l’univers du jeu-vidéo est en expansion constante et représente une branche à part entière de nombreuses sagas, il faut bien admettre que les jeux Harry Potter ne sont pas vraiment à la fête à l’heure actuelle.
Pour prendre un exemple bien précis ; Star Wars place trois jeux dans le top 20 des ventes de la Xbox, un pour la Xbox One, deux à l’époque de la Nintendo 64, un sur GameCube, un sur Wii, et enfin un sur PS4. Soit 9 jeux dans le top 20 de ventes ; c’est une performance énorme. À coté, la saga Harry Potter n’en place pas un seul.

C’était pourtant bien parti !

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En 2001, le premier jeu (Harry Potter à l’école des sorciers) est édité par EA Games et sort sur toutes les plateformes existantes à l’époque (PC, GameCube, Xbox, PlayStation 1, PlayStation 2, Game Boy Color et Game Boy Advance).
L’aventure proposée aux moldus permet de revivre la première année de Harry à Poudlard, mais n’hésite pas à s’éloigner des livres comme des films sur plusieurs aspects. C’est d’ailleurs cette première aventure qui introduit le sort Flipendo qui n’existe nulle part ailleurs (sauf maintenant dans Harry Potter et l’enfant maudit).

Si le monde n’est pas ouvert, il faudra néanmoins récolter les dragées surprises et les cartes de Chocogrenouilles un peu partout dans le château entre les missions. Le jeu s’écoule à 3,73 millions d’exemplaires sur PS1 pour un total de 7,64 millions de jeux vendus toutes consoles confondues [1], et les éloges sont nombreuses à son sujet (16/20 de moyenne pour les lecteurs de jeuxvideo.com).
Le second opus est du même acabit, et s’écoule d’ailleurs de manière très similaire à 7,63 millions d’exemplaires.

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EAGames prend même le risque de sortir des sentiers battus, en publiant en 2003 un jeu uniquement consacré au Quidditch : Harry Potter : coupe du monde de Quidditch. Si le succès est moins au rendez-vous, puisqu’il n’est vendu qu’à 1,87 millions d’exemplaires, c’est pour moi l’un des meilleurs jeux de la franchise.
On peut évidemment apporter de nombreuses critiques ; sur sa répétition à chaque match notamment. Il faut cependant beaucoup de temps pour le terminer ; la chasse aux cartes, gagnées lors de la réalisation de différentes actions spécifiques pendant un match, prolonge la durée de vie du jeu déjà importante.

Le principe en lui-même est plus que sympa, puisqu’il nous permet de jouer à tous les différents postes d’une équipe (même si les batteurs restent assez limités dans leur usage puisqu’il ne s’agit que de déplacer le cognard qu’ils ont frappé en utilisant une action spéciale) : ça change de l’unique possibilité d’incarner un attrapeur dans les jeux de base En le relançant, les réflexes sont très vite revenus ; et j’ai passé un excellent moment en gagnant une nouvelle coupe du monde avec l’Australie.

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Le quatrième jeu, qui sort en 2004 et se consacre au prisonnier d’Azkaban, innove à nouveau puisqu’il nous permet pour la première fois d’incarner d’autres personnages qu’Harry, avec la présence de Ron et Hermione. Le principe reste toute fois très semblable aux deux premiers volets et le spectateur s’en lasse peut-être un peu.
Alors que le marché du jeu vidéo atteint des nouveaux records de vente avec Gran Theft Auto : San Adreas, sorti la même année sur PS2 et vendu à 20,81 millions d’exemplaires, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban n’atteint même pas le million de ventes sur cette plateforme, et se hisse douloureusement à 2,13 millions de vente toutes consoles confondues.

La lente descente aux enfers : 4, 5 et 6

EAGames tente de relancer l’aventure avec l’opus consacré à la Coupe de feu qui change radicalement de fonctionnement. Plus aucune liberté dans le château de Poudlard, les niveaux sont maintenant des "missions" à part, assez linéaires. Plus réellement de jeu de plateforme, le principe des cours pour apprendre de nouveaux sorts passe également à la trappe.
Un système de cartes de jeu vous permet de booster vos personnages ou de leur donner des attributs spécifiques avant chaque mission. Bref ; le changement est total.
Et ça n’a pas spécialement plu aux fans ; la côte baisse assez fortement (on descend à une cote de 12/20 pour les lecteurs de jeuxvideo.com par exemple) et les ventes ne sont pas relancées : 2,34 millions d’exemplaires toutes consoles confondues.

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LePoint [2] explique également que le public touché par les livres change à partir de ce 4e volet de la saga et que les jeux doivent donc s’adapter à un nouveau public, moins enfantin et plus adolescent, voire adulte.
On s’éloigne aussi de l’univers des livres pour se concentrer uniquement sur les films. [3] LePoint résume en une phrase : "En un jeu, la franchise perd tout son intérêt vidéoludique et artistique pour se transformer en un simple produit dérivé."

Un autre aspect assez intéressant est le fait que, si à l’origine les jeux étaient adaptés à chaque console et donc différents de l’une à l’autre, à partir de cet opus, ça n’est plus du tout le cas. Une perte d’originalité assez regrettable. Mais reprenons notre progression dans l’ordre des différentes sorties.

Alors qu’un jeu Harry Potter sortait chaque année jusque-là, 2006 n’en voit naître aucun. EAGames se concentre sur la sortie du cinquième volet et, en 2007, Harry Potter et l’ordre du Phénix est présenté comme une révolution. En effet, le principe du jeu précédent n’a pas fait long feu alors, plus que révolutionner, on revient aux bases : un jeu plus libre dans Poudlard.

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Comme dit précédemment, le jeu se moule plus sur le film que sur le livre ; mais la nouveauté (qui, elle, est de taille) est de nous permettre d’explorer (presque) entièrement le château. L’aventure se veut donc beaucoup moins linéaire... ce qui est un peu raté. Car passé le moment de la découverte du lieu, il n’y a plus grand chose à faire.
On part donc résoudre les quelques quêtes à notre disposition qui consistent en général à traverser le château de part en part pour aller parler à untel ou unetelle. Rien de bien passionnant à se mettre sous la dent.

Le public ne s’y trompe pas, la note attribuée au jeu baisse encore, et les ventes stagnent à 2,51 millions d’exemplaires toutes consoles confondues. Ça n’est pas encore ce jeu qui relancera le business.

L’idée était pourtant plutôt sympathique, et la firme ne baisse pas les bras. EAGames persévère pour sortir Harry Potter et le prince de sang-mêlé deux ans plus tard [4].
Le jeu repart donc sur l’idée d’une école libre à découvrir mais met néanmoins le scénario un peu plus en avant. Les aurors ont notamment fermé plusieurs accès et il faudra progresser dans l’histoire avant de pouvoir passer son temps à se perdre au deuxième étage.

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Et voilà que ça dérange à nouveau ; rien que lors de la première traversée du parc de Poudlard pour rejoindre le banquet de début d’année, en retard à cause du coup de Drago dans le train, Luna n’arrête pas une seule seconde de me rappeler qu’il est temps d’y aller, me faisant perdre entièrement toute la joie de me promener autour de la cabane de Hagrid avant d’aller dîner. Le jeu se veut libre, et pourtant il est trop dirigé. Il faut suivre, Luna, Nick-Quasi-Sans-Tête, Angelina, Ron,... Au final il faut TOUJOURS suivre quelqu’un ; qui n’arrête pas de blablater et se plaindre dès qu’on fait un détour pour récupérer un écusson. Il y avait pourtant beaucoup de bon dans cet opus, comme notamment la fabrication des potions qui fait son arrivée de manière plus complète.

Mais le jeu manque réellement de complexité et devient très vite lassant.
Il se vend néanmoins un peu mieux que ses prédécesseurs, puisqu’il atteint les 3,20 millions d’exemplaires dont une majorité sur Wii, boosté par l’utilisation des sorts à l’aide des mouvements précis de la manette.

On touche le fond : 7.1 et 7.2

La déconfiture est totale avec le nouveau changement de cap pour les septième et huitième films de la saga. Plus de doute à avoir, les jeux s’associent directement à la séparation de l’histoire et sortent eux aussi en deux opus séparés : un choix complètement injustifié pour ce média.

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Plus question d’avoir un jeu d’aventure, l’action prend le pas sur tout le reste dans ce qu’on ne peut que qualifier de parodie de jeu de tir et d’infiltration : des scènes de tir sur rails, des combats assez ridicules, des adversaires inefficaces, la première partie est un échec cuisant et qualifié de pire jeu de la série.

La deuxième partie, qui sort un an plus tard, tente tant bien que mal de résoudre certains des problèmes les plus flagrants de l’opus précédent, mais ça n’en fait certainement pas un bon jeu pour autant. Durée de vie ultra courte, aucun renouvellement de gameplay, facilité déconcertante, sorts inutiles,... un jeu simplement inadapté.
C’est donc sans aucun suspens que ces deux jeux sont les moins bien vendus de tout l’univers ; ils totalisent ensemble seulement 3,18 millions de vente.

Une lueur d’espoir...

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La licence rebondi pourtant avec les aventures LEGO, qui, comme la plupart des sagas adaptées de la sorte, ont beaucoup mieux fonctionné ; 8,34 millions d’exemplaires vendus pour le premier opus, résumant les quatre premières années dans un univers en briques danoises ; 4,91 millions pour sa suite. [5]
Pour faire de nouveau le parallèle avec Star Wars, Lego Star Wars : la saga complète, sorti en 2007, s’est vendu à 5,83 millions d’exemplaires sur Wii ; contre 3,7 millions d’exemplaire sur cette même console quand on réunit les deux jeux Harry Potter. La différence reste de taille.

Conclusion

Au total, en 86 jeux vendus sur les différentes plateformes vidéoludiques, la saga aura écoulé 44,64 millions d’exemplaires. Star Wars en a développé 250 différents ; et si plus de la moitié ne sont même pas repris dans les chiffres de vente car bien trop faibles, les 86 jeux les plus vendus s’élèvent déjà à 126,25 millions d’exemplaires vendus.

Tous ces chiffres sont bien jolis, mais on n’a pas encore analysé les raisons de ces échec ; du moins, on ne l’a fait qu’à demi-mot.

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Si j’ai choisi l’exemple de Star Wars, c’est parce qu’à mes yeux, c’est totalement comparable. Les univers sont étendus, assez libres, remplis de références, de personnages, de possibilités... Et, si les jeux Star Wars l’ont bien compris, Harry Potter s’est restreint à ce qui apparaissait déjà à l’écran. C’est, pour moi, la première raison de l’échec commercial ; un manque d’exploitation de la globalité d’un tel univers. Les jeux LEGO corrigent légèrement le tir, d’où leur succès, mais trop tard pour véritablement bénéficier de l’engouement autour de la saga.

Viens ensuite le public cible, pas assez bien défini. Des jeux trop enfantins, trop faciles, ou simplement inadaptés ; qui n’ont pas su coller à leur public et évoluer avec lui alors que les livres y sont parvenus. Ils ont voulu continuer à toucher à tout au lieu de se spécialiser ; le résultat est moyen dans tous les domaines et, avec la profusion de jeux à disposition, un jeu moyen n’accroche pas le spectateur.
Le choix par exemple d’en faire un jeu de tir lors du septième opus pouvait se défendre ; mais il fallait alors en faire un excellent pour qu’il se démarque des autres. L’image d’Harry Potter ne suffit pas pour faire d’un jeu médiocre une réussite.

Mais tout n’est pas perdu ; avec le lancement des Animaux Fantastiques et la démocratisation des casques de réalité virtuelle peut-être verrons-nous enfin des jeux dignes de ce nom dans la saga. C’est du moins tout ce que j’espère !

PS :

Tous les chiffres sont issus du site de VGChartz.
Les différentes critiques du jeu sont personnelles ; bien qu’appuyées par celles d’autres joueurs ou sites de tests spécialisés ; néanmoins je n’engage nullement l’avis de la rédaction de la gazette dans ces différentes analyses.



[1D’après les données de VGChartz.

[3On sentait déjà le changement venir avec Le Prisonnier d’Azkaban dans son évolution graphique.

[4Notez le nouvel espacement de sortie

[5On ignore le jeu LEGO Creator qui est injouable.


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