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Le sexisme ordinaire dans Harry Potter

24 février 2017

Harry Potter est un livre parfois présenté comme féministe, avec des personnages féminins forts... ce qui ne doit pas nous faire oublier que certaines situations du livre relèvent du sexisme ordinaire.

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Soyons clair, il n’est pas question de dire qu’Harry Potter est une saga sexiste. En tout cas, ce n’est pas à moi d’en juger. Les livres regorgent de personnages féminins forts et sûrs d’eux (mais pas parfaits pour autant, c’est important aussi) qui n’hésitent pas à tenir tête aux hommes qui les entourent pour s’imposer comme leurs égaux.

Ça ne veut pas dire que l’univers de la saga est entièrement dépourvu de traces de sexisme. Même les sorciers démontrent parfois des comportements qui relèvent du “sexisme ordinaire” : “un ensemble de stéréotypes et de représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes” (définition).

Prendre conscience de ces moments de faiblesse des personnages, tant masculins que féminins, est important car ils reflètent une réalité. Identifier le sexisme ordinaire dans la saga permet de souligner un problème de société et d’ouvrir la discussion à ce sujet. Bustle a ainsi listé cinq occurrence majeures de sexisme ordinaire dans Harry Potter.

Le slut-shaming de Ginny

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Le slut-shaming est le fait de dénigrer, humilier ou stigmatiser une fille parce qu’elle aurait une sexualité jugée “inappropriée”, entretenant l’idée que le sexe ou les relations seraient dégradant pour les femmes.

Ginny semble commencer à sortir avec des garçons au cours de sa quatrième année, d’abord avec Michael Corner, puis avec Dean Thomas. Lorsqu’il est mis au courant, Ron adopte une attitude plutôt agressive qui culmine dans une scène où il surprend Ginny et Dean occupés à s’embrasser dans un couloir :

- “Soyons clairs, une bonne fois pour toute : avec qui je sors et ce que je fais avec eux ne te regarde pas, Ron.”
- “Bien sûr que ça me regarde !” répondit Ron avec colère. “Tu crois que j’ai envie d’entendre dire que ma sœur est une...”
- “Une quoi ?” hurla Ginny en sortant sa baguette. “Une quoi exactement ?” [1]

Heureusement, Ginny est forte et capable de faire face à la pression de son frère, mais ce n’est pas le cas de toutes. Et pourtant, elle ne fait rien de mal en prenant part à une relation saine ; c’est bien Ron qui devrait défendre sa sœur des éventuelles accusations et bruits de couloirs plutôt que d’y contribuer.

Molly met Hermione à l’écart

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Lorsque Rita Skeeter publie son article sur le trio amoureux Harry-Hermione-Krum et suggère que Hermione a brisé le cœur du Survivant, Molly Weasley, pourtant admirée comme l’une des femmes les plus emblématiques de la saga, décide de “punir” Hermione. Elle se montre froide envers elle et lui envoie un œuf en chocolat pour Pâques “plus petit qu’un œuf de poule” tandis que les autres ont droit à une version de la taille d’un œuf de dragon.

Même si l’histoire de ce triangle amoureux était vraie, il n’y a pas la moindre raison de punir Hermione. Elle sort avec Harry, rompt et sort avec quelqu’un d’autre ? Et alors ? Qui plus est, sans avoir la moindre idée de comment ces supposées relations se sont déroulées, Molly prend immédiatement le parti de Harry. Il aurait pu s’être comporté d’une manière qui justifie pleinement la décision de le quitter... mais non, Hermione est automatiquement la méchante de l’histoire.

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Il faudra l’intervention de Harry pour qu’elle se rende compte de son erreur, ce qui n’est pas reluisant pour Molly mais renforce en plus l’idée que l’homme est la voix de la raison : les femmes ont besoin de son intervention pour mettre fin à leurs enfantillages.

La jalousie de Ron envers Hermione-Krum

Après son comportement envers Ginny, Ron fait son retour dans cet article... et ça ne sera pas la dernière fois. Dès le Bal de Noël, Ron s’attaque à Hermione et ruine la soirée parce qu’elle est la cavalière de Krum ; alors que lui-même a bien fait sentir qu’il n’avait pensé à elle qu’en tout dernier recours.

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Si ce n’était que ça, on pourrait passer l’éponge, mais le problème est que cette attitude malsaine continue sur le long terme. En sixième année, Ron refuse de parler à Hermione pendant plusieurs semaines, sans lui dire pourquoi, lorsqu’il apprend qu’elle et Krum se sont embrassés. À ses yeux, Hermione a perdu de sa valeur parce qu’un autre homme l’a embrassée ; il est blessé qu’elle ne se soit pas “réservée” pour lui.

C’est foncièrement immature, mais aussi incroyablement sexiste ; d’autant que lui ne s’est pas privé avec Lavande et ne s’est pas posé la moindre question. Il a donc intégré l’idée qu’une fille doit être tenue à un standard de “pureté” différent de celui d’un homme.
Si les livres montrent bien que son comportement est ridicule et absurde, ils ne le dénoncent jamais pour ce qu’il est réellement : sexiste.

Lavande tournée en ridicule

En parlant de Lavande...
Dès le troisième tome, Lavande est présentée comme une nunuche, émotive à l’extrême et qui défend la matière fort décriée (à tort) qu’est la divination ; en d’autres termes, une idiote. Les films ont encore forcé le trait en exagérant son côté mièvre.

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Il n’y a rien de sexiste dans le fait que le personnage soit ainsi. Ce qui l’est, c’est la manière dont nous le percevons au travers des prismes de Ron et Hermione. Il n’y a rien de honteux dans le comportement de Lavande ; elle nous montre même son courage et sa loyauté lorsqu’elle s’engage dans l’Armée de Dumbledore et combat aux côtés des autres lors de la bataille de Poudlard, lors de laquelle elle succombe (peut-être).

Ron la traite de “dingue” parce qu’elle s’accroche à lui et cherche absolument à le voir, alors qu’ils sont en couple et qu’il fait tout pour l’éviter ! Son comportement est incroyablement immature et toxique ; pourtant, c’est Lavande qui en sort ridiculisée et mal-aimée des lecteurs. La frustration de Lavande est légitime, de même que ses tentatives de confrontation.

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De la même manière, Hermione tend à écarter Lavande et la traiter comme inférieure alors qu’elles ont simplement des intérêts différents. Aux yeux d’Hermione, défendre la divination comme le fait Lavande démontre qu’elle n’en vaut pas réellement la peine. Résultat, Lavande est rapidement réduite au rôle de greluche qui n’a de l’importance que parce qu’elle fut, un temps, la petite amie de Ron et a ainsi accentué la jalousie d’Hermione.

Comme si sa forte sensibilité, une caractéristique considérée - à tort - comme typiquement féminine, en faisait un personnage de moindre valeur.

Hermione, elle, elle est différente des autres filles

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Selon l’auteur de Bustle, un dernier élément qui rejoint le point précédent, c’est la façon dont Hermione est principalement apprécié parce qu’elle est “différente des autres filles”, dans le sens où elle n’est pas hyper féminine. Elle n’est pas ultra-masculine, certes, mais elle peut être encensée et appréciée par Harry et Ron parce qu’elle n’est pas comme Fleur, ou comme Lavande, qui restent des représentations d’une féminité “honteuse”.

La féminité extrême est même associée à Ombrage, avec son amour pour les chatons et la couleur rose. On ne peut apprécier Hermione, Ginny ou Luna que parce qu’elles ne sont pas ultra-féminines ; elles ont un petit côté masculin ou asexué. Fleur n’est plus écartée à partir du moment où elle cesse de se comporter, aux yeux des protagonistes, de manière trop féminine ; même Ginny ne gagne le respect qu’une fois que son “béguin idiot” pour Harry est effacé par son indépendance.

Tout ceci laisse entendre qu’une femme n’a ou ne prend de la valeur que lorsqu’elle se comporte de manière plus “masculine” que les autres.

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Cependant, on pourrait aussi défendre un point de vue contraire, pour ce dernier cas. Certes, Hermione n’est pas “féminine” à la manière de Lavande ou Fleur, mais elle “ne prend toute sa valeur” (pour reprendre les termes déjà utilisés) qu’à partir du moment où elle révèle son côté féminin lors du bal de Noël. Une idée qui serait plus convaincante si l’héroïne ne semblait pas perdre dans le même temps ses traits les plus forts pour sombrer dans la niaiserie lors de sa relation.

De même, Ginny et Fleur ne changent pas quand on découvre qu’elles sont aussi courageuse et fortes ; elles restent féminines. Elle font de ces caractéristiques des caractéristiques féminines. Malheureusement, cette idée tiendrait plus si Fleur continuait à se soucier de son apparence de manière flagrante tout en combattant ; on a plus le sentiment que ses caractéristiques féminines disparaissent une fois qu’elle devient une “femme forte”.

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On pourrait donc chercher à défendre l’idée qu’Hermione, Ginny, Luna et Fleur cassent le stéréotype de ce qui est féminin ou pas, déplacent la “frontière” entre le masculin et le féminin ; mais on peut également estimer qu’elles contribuent à l’idée que seuls les traits dits masculins ont de la valeur. En tout cas, elles n’effacent pas intégralement la distinction entre les deux polarités du genre et leur prise de valeur se fait aux dépends d’autres personnages dont la féminité est décriée.

Réflexion inspirée d’un article de Bustle

PS :

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[1Les citations des livres ne sont pas les versions officielles, par défaut d’accès à une édition française


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